
Le système de transmission directe sur bogie

Schéma montrant l'inscription en courbe d'un véhicule ferroviaire grâce à un système de bogies.
...A partir de 1950, le bogie moteur devient la norme pour les locomotives électriques et diesel. On parle alors de locomotives à adhérence totale...
Un bogie (ou boggie) est un chariot situé sous un véhicule ferroviaire, sur lequel sont fixés les essieux (et donc les roues). Il est mobile par rapport au châssis du véhicule (locomotive, wagon ou voiture) et destiné à s'orienter convenablement dans les courbes.
Le mot bogie est un mot d'origine anglaise qui signifie cabriolet, c'est-à-dire un attelage hippomobile se guidant facilement.
La fonction essentielle des bogies est de faciliter l'inscription en courbe. En effet, les bogies du véhicule peuvent pivoter indépendamment les uns des autres, ce qui autorise des rayons de courbure plus faibles, et un éloignement plus important entre les essieux (qu'ils soient moteurs ou porteurs).
La charge du véhicule repose en général sur le bogie par l'intermédiaire d'une crapaudine centrale (sur le bogie) et d'un pivot (solidaire du châssis du wagon) sécurisés par une cheville ouvrière.
Sur les véhicules actuels, le bogie peut glisser librement sous la caisse, ce qui améliore le confort.
L'inscription en courbe de faible rayon de voitures de plus en plus longues fut très rapidement un problème pour le matériel ferroviaire. Les solutions apportées furent de deux ordres :
i. des essieux articulés;
ii. des chariots à faible empattement situés à chaque extrémité des voitures (système de bogies).
C'est cette solution mise en œuvre initialement sur le matériel américain qui perdura. Le brevet du bogie a été déposé en 1812 par les frères William et Edward Walton Chapman. Les bogies se sont répandus aux États-Unis à partir de 1830.
En Europe continentale, le bogie apparaît vers la fin du 19ème siècle, sur le matériel remorqué et comme système de chariot porteur sur les grandes locomotives à vapeur, en remplacement des bissels (eg. A 3/5 des CFF).
A ses débuts, le bogie n'est utilisé que comme chariot non-motorisé. La taille et le poids des moteurs ne permettant pas d'être installés sur le bogie. Cela étant, les ingénieurs se rendent rapidement compte du potentiel que pourrait amener un système de bogies motorisés.
En Suisse, entre 1904 et 1905, MFO développa deux locomotives expérimentales pour la ligne Seebach – Wettingen. Sur ces locomotives de type Ce 4/4, la propulsion était assurée par deux bogies de deux essieux. Les moteurs étaient fixés sur les bogies et la transmission était assurée par un système de bielles. Les deux moteurs de taille réduite développaient une puissance de seulement 257 kW (350 CV).
La première locomotive des CFF à être équipée de bogies moteurs avec une transmission directe sur les essieux (système Westinghouse) fut la Be 4/7 de 1922. Avec une puissance de 1 800 kW (2 400 CV) cette locomotive fut une réussite. Nonobstant, le poids des moteurs nécessita l'emploi de 3 essieux porteurs additionnels.
Précédemment, entre 1909 et 1910, le Seetalbahn prit livraison de huit automotrices et deux fourgons automoteurs équipés de bogies avec transmission directe des moteurs sur les essieux. Bien que présentant une puissance de seulement 265 kW (360 CV) et une vitesse d'exploitation médiocre de 40 km/h, ce système n'en fut pas moins révolutionnaire.
Dans les années vingt, les automotrices et fourgons automoteurs furent les premiers à être équipés de cette technique qui fit rapidement ses preuves et se développa massivement dès le milieu des années trente avec les flèches-rouges.
Ces automotrices et fourgons automoteurs (objet du présent chapitre) furent déterminants pour la conception de locomotives à bogies, telles les Ae 4/4 du BLS, les Re 4/4 et les Ae 6/6 des CFF.
A partir de 1950, le bogie moteur devient la norme pour les locomotives électriques et diesel. On parle alors de locomotives à adhérence totale.
A ce jour, le parc véhicule des CFF est composé exclusivement de véhicules moteurs à bogie, à l'exception des véhicules de manœuvre.
Les premiers véhicules du Seetalbahn

Seon, le 2 juillet 1975.
Composition-type de la ligne du Seetal, entre 1960 et 1990.
Il s'agit de fourgons-automoteurs de type De 4/4, construits dans les années 20 et modernisés dans les années 60. Ils tractent des voitures à plateformes. Les wagons intermédiaires sont construits en acier léger, alors que les voitures-pilotes sont issues de wagons en acier lourd.
...Ces deux types de véhicules bénéficiaient d'un système de transmission directe sur bogie, ce qui était révolutionnaire pour l'époque…
La ligne principale du Seetal, reliant Lenzburg à Lucerne par la vallée du Seetal, a été mise en exploitation en 1883. La géographie de la ligne est particulière, puisqu’elle suit sur la quasi-totalité de son parcours la route (ce qui est exceptionnel pour une ligne des CFF). Cela implique notamment une réduction du profil d’espace libre. Le matériel roulant engagé a de ce fait toujours été particulier.
La ligne fut électrifiée en 1910 déjà, avec un système de tension de 5,5 kV~ 25Hz, puis avec le système de tension de 15 kV~ 16 ⅔ Hz en 1930, suite à la reprise du STB par les CFF en 1922.
Entre 1910 et 1930, la ligne fut exploitée avec deux types de véhicules électriques, les automotrices BCe 4/4 et les fourgons automoteurs Fe 4/4. Ces deux types de véhicules bénéficiaient d'un système de transmission directe sur bogie, ce qui était révolutionnaire pour l'époque.
Ces véhicules permirent une avancée spectaculaire pour le développement des premiers fourgons automoteurs et automotrices des CFF dans les années 20.
Premiers véhicules du Seetalbahn
1910
L'âge d'or des fourgons automoteurs et automotrices

Train de banlieue tracté par deux fourgons-automoteurs de type De 4/4. Bischofzell, le 28.07.1972.
...Plusieurs de ces véhicules ont été utilisés jusqu'au milieu des années nonante...
Dans les années vingt, les CFF avaient besoin de nouveaux véhicules pour tracter les trains régionaux et de banlieue sur les lignes nouvellement électrifiées.
Entre 1923 et 1927, les CFF passèrent commande de deux séries de véhicules, les Ce 4/6 (ult. Be 4/6) et les Fe 4/4 (ult. De 4/4). Ces véhicules étaient équipés d'un système de commande multiple, permettant de coupler plusieurs véhicules ou de commander le véhicule moteur depuis une voiture-pilote. Plusieurs de ces véhicules ont été utilisés jusqu'au milieu des années nonante.
Durant la même période, cinq autres véhicules furent commandés mais ne dépassèrent pas le stade de véhicules uniques. Parmi eux, relevons trois véhicules à propulsion diesel.
Automotrices et fourgons-automoteur de l'âge d'or
1923 - 1932
Les voitures légères en acier (Leichtstahlwagen)

Voiture légère en acier de première classe numéro
A 50 85 18-33 775-5
…ces voitres constituent la première série importante de voitures voyageurs des CFF...
Les voitures légères en acier léger constituent la première série importante de voitures voyageurs des CFF. Elles ont été construites entre 1937 et 1955 par le consortium SWS/Schlieren.
Ces voitures ont été exploitées sur toutes les lignes des CFF et utilisées dans des compositions internationales, pour des trains express et de banlieue. La dernière voiture voyageur fut retirée du service en 1998, alors que les fourgons furent utilisés jusqu'en 2001. Plusieurs compagnies privées rachetèrent des voitures de ce type, une fois leur retrait du service auprès des CFF.
Les matériaux et la technique utilisés furent révolutionnaires pour l'époque. Plusieurs automotrices, dont les fameuse Flèches-rouges furent inspirées de cette technologie qui permettait d’alléger les véhicules de manière substantielle.
Très proches des ces voitures, relevons les voitures en acier léger de la ligne du Brünig (écartement métrique) qui ont été construites entre 1939 et 1969, les voitures à plateforme de type Seetal construites entre 1949 et 1953 et les voitures RIC de type Schlieren construites entre 1954 et 1961.
En tout, c’est près de 1400 voitures qui ont été livrées aux CFF.
Voitures en acier léger
1937 - 1969
Voitures en acier léger du Seetal
1947


Voitures UIC de type Schlieren/BLS
1954


Les flèches rouges et (rames-) automotrices légères

Deux flèches rouges à Brigue, le 25 août 1963
...La dénomination de Flèche rouge englobe un programme lancé par les CFF dans le milieu des années 30 pour la construction d’automotrices légères rapides destinées initialement au trafic voyageur régional sur les lignes principales…
Dans les années trente, le fer de lance du parc véhicule des CFF se compose avant tout de locomotives à traction électrique mises en service dans le courant des années vingt et de locomotives à vapeur vieillissantes dont la stratégie des CFF à leur égard est un abandon progressif au profit de la traction électrique.
Relevons également un parc d’une cinquantaine d’automotrices (Ce 2/4, Ce 4/4 et Ce 4/6) et fourgons automoteurs (Fe 4/4) dont le concept s’est avéré très concluant pour le trafic voyageur sur les lignes secondaires.
Les progrès effectués dans le domaine de la traction électrique (notamment miniaturisation des moteurs, systèmes de transmission, etc) et l’avènement de l’aluminium, plus léger que les matériaux d’époque (acier, bois) ouvrent dès lors de nouvelles perspectives. C'est dans ce contexte que va s'inscrire le développement et la mise en service des Flèches rouges.
La dénomination de Flèche rouge englobe un programme lancé par les CFF dans le milieu des années 30 pour la construction d’automotrices légères rapides destinées initialement au trafic voyageur régional sur les lignes principales. Ce programme aboutit à la mise en service de 15 véhicules de 6 types différents entre 1935 et 1953. Il ne dépassa finalement pas le stade de projet. Cela étant, les enseignements tirés furent déterminants pour la création des locomotives et automotrices de nouvelle génération.
Le terme de Flèche rouge n’est toutefois pas officiel. Il s’agit d’un surnom populaire dû à la couleur des premiers véhicules mis en circulation, ainsi qu’à leur vitesse d’un minimum de 125 km/h, qui était élevée pour l’époque.
Plusieurs avis divergent quant à l’assimilation (ou non) de certains types de véhicules aux Flèches. Relevons parmi ces véhicules, les CLe 2/4 'Flèche du Jura' dont la conception diffère sensiblement ses sœurs et dont la couleur n'a jamais été rouge. Les BCLe 8/14 'Tatzelwurm' initialement destinées au trafic à haute vitesse sur les grandes lignes. Enfin, les RAe 4/8 de 1953, mises en service une quinzaine d'années après leurs pairs, avec une technologie plus avancée. Durant la même période, les CFF commandèrent trois autres types de véhicules qui ne sont généralement pas assimilés aux Flèches. Les fourgons automoteurs RFe 4/4 de 1940 qui, bien que n'ayant été exploités que durant 4 ans auprès des CFF, dessinèrent le concept des premières Re 4/4. Les automotrices CFe 4/4 (ult. BDe 4/4) de 1952 qui devinrent, avec leurs voitures-pilote, les véhicules les plus utilisés pour le trafic voyageur sur les lignes secondaires. Enfin, les automotrices BFe 4/4 II de 1956 (ult. BDe 4/4 II) destinées au trafic régional sur la ligne Genève– La Plaine électrifiée en courant continu de 1,5 kV.
Flèches rouges, automotrices et rames automotrices légères
1935 - 1956
Les draisines

Draisine moderne de type Unimog. Ce véhicule n'est pas référencé dans ce chapitre, n'ayant pas reçu de numérotation 'ferroviaire'.
… des petites fourgonnettes se mouvant sur le réseau ferroviaire…
Dans un tout autre registre, ce chapitre est dédié aux draisines, ces petits véhicules légers, assimilables à des petites fourgonnettes se mouvant sur le réseau ferroviaire.
Dès la création du réseau ferroviaire, des petits véhicules furent mis en service, avec un système de traction à la force des bras ou avec de petits moteurs à essence.
A la fin des années trente, un nouveau concept fait son apparition, avec la construction de diverses petites séries de véhicules utilitaires, dont les plus originaux sont sans doute les bus VW munis d’essieux ferroviaires. Ces véhicules ont été affectés pour le transport du personnel ou comme véhicules de chantier.
Plus récemment, des camionnettes pouvant rouler sur la route ou sur le réseau ferré grâce à un système rétractable ont été exploitées par les CFF.
La liste des véhicules ci-dessous n’est malheureusement pas exhaustive. Elle comprend uniquement les draisines qui ont reçu une numérotation CFF à l’instar des tracteurs.










































































